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lundi 10 janvier 2022

(Lectures) Rêves de trappeur, Rock & Kathryn Boivin

 


Publié en 2019
Editions Pocket 
 
Rock est un jeune homme assoiffé d'aventure, un Québécois fort en gueule et grand admirateur de Davy Crockett. À dix-huit ans, il lâche tout – ses études, son confort – et part dans le Yukon, sur les traces des pionniers et des chercheurs d'or si chers à Jack London. Au début des années 1980, sa route croise celle de Kathryn, une Calamity Jane qui tient tête à tous les machos qui l'entourent. Elle aussi a quitté sa famille pour cette région. C'est la rencontre de deux personnalités hors du commun. Follement amoureux et portés par les mêmes rêves, la même quête d'absolu et de liberté, Kathryn et Rock répondent à l'appel de la forêt et décident de vivre au cœur du "bush", dans le Grand Nord canadien, selon la tradition des "coureurs des bois". 

💖💖💖💖💖

Déjà enfant, j'étais attirée par les grands espaces, par les lacs, les montagnes et les forêts, les rivières. Sûrement du à ma naissance dans le Jura ou juste par ce que, déjà, j'étais consciente de l'importance de la nature dans la vie de l'homme. 
Adolescente, j'ai eu le bonheur de découvrir le film de Nicolas Vanier, Le dernier trappeur. Là, ce fut pour moi une révélation... j'ai découvert une nature pure, si sauvage mais si belle que j'en ai pleuré d'émotions. Et je me suis promis, qu'un jour, je vivrais au plus proche de la nature, dans un des ses grands espaces que j'aime tant. 
Depuis lors, mon amour pour le Grand Nord ou les pays nordiques n'a cessé de croître. Et c'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers ce récit de vie. 
 
Dès que j'ai ouvert l'ouvrage écrit à quatre mains des époux Boivin, j'ai su que j'allais vivre un moment d'une grande force, où la puissance de la nature et sa magnificence allait me submerger. En plongeant dans ce récit, j'ai eu l'impression, très plaisante, de plonger dans un roman du grand Jack London. Tout y est : la force de la nature, la fragilité de l'homme, la beauté des paysages, le dépassement de soi et la danse merveilleuse entre l'homme et la nature, chacun essayant d'apprivoiser l'autre, pour finalement mener à quelque chose de totalement hypnotisant, de totalement marquant. 
 
C'est un récit fort, qui nous rappel à quel point l'homme à besoin de la nature pour s'épanouir. Mais aussi à quel point, cette nature bien que d'une puissance folle et aussi très fragile et qu'il nous faut la préserver. J'ai totalement adhéré au constat que fait Kathryn, à la fin du récit : "vivre est plus important que posséder". 
 
Le Yukon est tout simplement magnifique et j'ai tellement aimé le fait que, Rock et Kathryn ne cherche pas à dissimulé la dureté d'une vie dans cette région, au plus près de la nature. Pourtant, nous ne pouvons que vivre et même survivre en accord avec la nature, main dans la main. Nous faisons partie d'elle, comme elle fait partie de nous !


(Lecture) Dans la forêt, Jean Hegland


Publié en 2018
Editions Gallmeister 
 
Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses. 

🌟🌟🌟🌟
 
Beaucoup ont déjà parlé de ce livre qui à fait le tour de la sphère livresque interactive. Comme bien souvent, il me faut un temps avant de couvrir un roman que beaucoup encense. Je ne sais pas pourquoi… Peut-être par peur d'être déçu ! 
 
La fin de la civilisation telle que nous la connaissons (consommatrice, dépendante du pétrole, de l'électricité etc.) a eu lieu. Ici, dans ce roman, nous assistons à la fin d'un monde et à la survie de l'humanité à travers les mots de Nell, notre narratrice, qui dans son journal nous dépeint son quotidien et celui de sa sœur, Eva. C'est un roman fort, réaliste et pourtant simple. 
 
Au début du récit donc, Nell nous raconte comment elle tente, avec sa sœur, de s'organiser en attendant que tout "revienne à la normale". Nell est plutôt la raison du duo : elle fait attention, rationne et continue d'étudier. Alors qu'Eva, a tendance à ce comporter comme une gamine irréfléchi parfois, dilapidant les réserves et passant son temps enfermée dans son atelier, à danser sur une musique qui n'existe plus. Mais petit à petit, au fur et à mesure de l'avancer du récit et du temps qui s'égraine, les sœurs comprennent que leur monde n'existe plus, qu'il ne reviendra jamais plus et qu'il va falloir réinventer une nouvelle façon de vivre pour s'en sortir… 
 
Je ne rentre pas trop dans les détails de peur de trop en dire et de vous gâcher la lecture. J'ai moi-même découvert ce récit en n'en sachant rien ou presque et, c'est aussi ça qui a fait que cette lecture fut si forte, si intense, si bouleversante… C'est un roman tellement réaliste. Je n'ai pas cesser de me dire, tout au long de ma lecture, qu'il suffirait d'un rien pour que nous connaissions aussi ce que dépeint ici Jean Hegland. Et j'avoue que c'est, tout de même assez anxiogène. C'est un ouvrage terrible, cru. L'auteur ne tourne pas autour du pot et ne nous épargne rien. Tout au long du livre nous avons en opposition constante la laideur, l'horreur, la mort et la vie, la couleur, le beau. 
Il y a des scènes qui sont à la limite du dégout, du supportable. Mais toute nécessaire car faisant parties de ce que nous décrit l'auteur, la réalité du monde de Nell et Eva. Il y a juste une scène qui m'a décontenancée, je ne l'ai pas comprise, pas trouver nécessaire à l'histoire et même dégoutée. Mais bon, je ne peux pas vous dire que cette seule scène à gâcher ma lecture, car il n'en fut rien. Je me suis sentie extrêmement proche de Nell. Je ne sais pas expliquer si c'est à cause de sa personnalité ou du fait qu'elle est la narratrice et que nous avons accès à ses pensées, son ressenti.. 
 
Cette lecture m'a bouleversée, fait réfléchir. Encore aujourd'hui, plusieurs jours après la fin de ma lecture, j'y reviens, j'y repense. Ce ne fut pas un coup de cœur mais de peu. 
La plume de l'auteur est un petit bijou. Elle a su me faire ressentir tellement d'émotion, les odeurs, je sentais même l'herbe sous mes pieds ; rares sont les auteurs qui m'ont autant immergé dans leur récit. Je ne peux que vous conseiller cette lecture si vous ne l'avez encore pas lu. C'est un livre dur, cinglant mais beau et nécessaire.


(Lecture) Nous étions le sel de la mer, Roxanne Bouchard

 


Publié en 2014
Vlb Editeur
 
« C'est Vital. Ça a l'air qu'il a ramassé un cadavre dans ses filets. Il l'a dit dans sa radio. Tu veux qu'on t'en raconte, des histoires de marins ? Reste avec nous autres pis tu vas en voir, la p'tite ! » Ce matin-là, Vital Bujold a repêché le corps d'une femme qui, jadis, avait viré le cœur des hommes à l'envers. En Gaspésie, la vérité se fait rare, surtout sur les quais de pêche. Les interrogatoires dérivent en placotages, les indices se dispersent sur la grève, les faits s'estompent dans la vague, et le sergent Moralès, enquêteur dans cette affaire, aurait bien besoin d'un double scotch. 

💓💓💓💓💓
 
Décidément, les plumes québécoises me touchent bien particulièrement ! J'ai refermé cet ouvrage il y a peu et je suis encore sous le charme de la plume de l'autrice et sous l'émotion que m'a procuré cette histoire. 
 
Nous sommes en Gaspésie et plus précisément dans le petit village de Caplan. Un jour, on remonte dans les filets le corps d'une femme, morte. Cette femme, c'est Marie Garant et c'est le sergent Morales qui va devoir enquêter et découvrir ce qu'il s'est vraiment passé. Le sergent vient de débarquer dans ce village et cette enquête sur une femme qui a fait tourner bien des têtes et ravager des cœurs, va être complexe. Marie était aussi insaisissable et sauvage que la mer… 
 
Qu'est-ce que j'ai aimé ce texte, bien trop court, tellement je me suis régalée avec la plume de l'autrice, l'intrigue et les personnages. La plume est tellement poétique, tellement tendre mais en même temps pleine de fougue. J'avais du mal à fermer le livre pour travailler ou faire autre choses. J'entends encore le murmure de la plume de Roxanne Bouchard même si ça fait plusieurs jours que j'ai quitté ce texte. 
 
Et les personnages ! Comme je les ai aimé, comme je me suis attaché à eux, comme j'ai été touché par leurs histoires, leurs vies. Chacun des personnages avaient une place indispensable, Cyrille, Jérémy, Catherine, Renaud, le sergent. La mort de Marie fait ressurgir des souvenirs, des demi vérités, mais aussi des instants de vie qu'on aimerait laisser loin derrière nous, oublié en pleine mer, noyé. 
 
Je ne sais pas vraiment quoi dire de plus, pour ne pas gâcher votre lecture. La seule chose que j'aimerai ajouté, c'est qu'il vous faut découvrir ce récit et cette autrice. Je suis tombé en amour devant sa plume, devant sa manière d'écrire et de nous transmettre l'amour pour ses personnages. J'ai déjà prévu de m'offrir les autres ouvrages de l'autrice ce mois-ci ! Passion quand tu nous tiens :)


(Lecture) Alix de Rochechouard, Corinne Javelaud

 


Publié en 2012
Editions Dorval
 
1205, la belle Alix de Mortemart a un avenir tout tracé : épouser le vicomte Aymeric VII de Rochechouart et assurer la descendance de la famille. Tout les prédestine au bonheur jusqu'à ce qu'une terrible conspiration accuse la belle Alix d'avoir commis le péché d'adultère avec son intendant le Sieur Méconde, un manant, sorti de sa roture grâce à son ancêtre qui sauva le Vicomte Aymeric V de Rochechouart, tombé dans une embuscade sur la route des croisades à Constantinople. La belle Alix se retrouve jetée en pâture au lion par son époux jaloux. Ce dernier finira pourtant par démêler le vrai du faux grâce à la complicité du fou du village, Féfé le dépenaillé. Il découvrira la trahison de ceux qui lui avaient prêté allégeance : Yselda, la perfide dame de compagnie d'Alix, victime de sa faiblesse se verra châtiée, tout comme Méconde, l'intendant pervers à l'origine de la terrible machination. Dans l'intimité de la Cité médiévale, gravitent Cyril l'émailleur limousin, qui introduit l'art et le voyage, fait sa cour à Yselda, mais fera les frais d'un amour impossible nimbé de mélancolie et de solitude. Lorsque le vicomte vient libérer sa belle de la cage au lion, elle est intacte. Commence alors la reconstruction de l'amour où la raison est toujours la plus forte. 
Ce roman a reçu le prix littéraire de Nontron, en Périgord, en août 2013. 

🌟🌟🌟🌟
 
Passionnée par le moyen-âge ; amoureuse des beaux mots et accordant énormément d'importance aux publications des éditions Dorval (nouvellement découvert), je n'ai pu résister à l'envie de découvrir le roman de Corinne Javelaud : Alix de Rochechouart. Je ne connais que peu l'histoire de cette dame, marié à Aymeric VII, vicomte de Rochechouart. C'est donc avec des yeux neufs que je me suis lancée dans cette lecture et j'y ai pris énormément de plaisir. 
 
Aymeric VI, père de l'époux d'Alix a tenu tête à Richard Coeur de Lion, au château de Châlus, où se dernier à rendu son dernier souffle. La famille Rochechouart est connu pour son courage et ses faits d'armes. Aymeric le Jeune, vaillant et courageux, ne souhaite qu'une chose : que le pape Innocent III lance un appel pour une nouvelle croisade. Aymeric, vicomte du Limousin souhaite s'y distinguer. C'est lors de joutes qu'Aymeric tomba sous le charme de la belle Alix de Mortemart, donc la beauté rend jalouses bien des femmes. Celle-ci succomba également à la beauté et la force du jeune Aymeric. 
 
"Le jeune Aymeric VII vint au-devant de ses hôtes sur son palefroi, dès qu'ils eurent franchi le pont-levis. Il échangea un long regard avec Alix et la jouvencelle perçut aussitôt ce vent vif annonciateur d'un grand bouleversement. Séduit par ce ravissant minois au sourire aimable, orné d'une opulente chevelure blonde qui lui descendait jusqu'à la taille, il en oublia presque la présence massive du baron Guillaume de Mortemart." 
 
C'est dont dans la joie et dans l'amour, qu'en juillet 1205, Alix et Aymeric se lièrent devant Dieu, pour toujours. Amoureux comme au premier jour, Aymeric qui a un tempérament de feu, est emporté par la jalousie quand Méconde, son intendant, lui apprend qu'Alix lui est infidèle en son absence. Voyant rouge, n'écoutant aucune explication d'Alix ou de Luce de Pérusse, sa propre mère, Aymeric le Jeune châtie son épouse. Alix a beau jurer qu'elle est innocente, qu'elle ne comprend pas le pourquoi de ces rumeurs, rien n'y fait. D'où viennent ces rumeurs ? Est-ce un complot ? 
 
En ce basant sur la légende d'Alix et le lion, cité par l'Abbé Dulery, au dix-neuvième siècle, Corinne Javelaud nous offre un roman de grande envergure, passionnant. Quand j'ai ouvert ce roman, je me doutais que j'allais vivre un grand moment d'histoire, où plaisir de lecture et apprentissage se mêlerait. Et ce fut bien le cas. Non seulement l'auteur à une plume d'une grande beauté, très poétique mais en plus j'ai pris conscience du travail de recherche qu'elle avait dû mener pour nous livrer un roman si riche et si travaillé. 
Quel plaisir de retrouver les us et coutume du moyen-âge et qu'elle délice de découvrir la façon de vivre des Limousins à cette époque. J'ai énormément appris avec cette lecture et l'intensité du style de l'auteur, son amour des mots et de l'histoire, en font un roman exceptionnel. 
Outre la beauté de la plume de l'auteur, l'importance de l'histoire livrée ici, j'ai totalement pris conscience, avec cette lecture, de ce que l'auteur avait mis de son histoire, de sa vie et de sa vision des choses. Un travail et une implication, qu'il est bienvenue de souligner. 
 
Alix est une femme exceptionnelle, magnifique et au grand cœur. Je ne connaissais pas son histoire, mais ce roman m'a rendu curieuse et je n'ai qu'une envie, en savoir plus encore sur sa vie et sur celle de sa région, de sa vicomté, de son époux. Je suis avide d'histoire, de son histoire. 
Quelle femme d'envergure ! Autant vous dire tout de suite que je suis conquise par ce roman, mais aussi par le talent de Corinne Javelaud, dont j'ai déjà hâte de découvrir les autres œuvres. Je vous invite vraiment à vous aussi découvrir cet auteur à la plume délicieuse.


(Lecture) Les hauts de Hurle-vent, Emily Brontë

 


Publié en 1974
Editions Le livre de poche
 
Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste. 

🌟🌟🌟🌟🌟
 
Je reste subjuguée par ce roman. Même après avoir refermé le livre, bien longtemps après l'avoir refermé même, les personnages continuent de m'habiter. Je suis agréablement surprise par le talent d' Emily Brontë, qui dit-on ne sortait que très peu de chez elle (sauf pour aller à l'église et se promener sur le lande, dixit sa sœur). Elle qui est morte à vingt-huit ans et qui ne semble pas avoir connu la passion, décrit parfaitement les sentiments troublant qui hantent chaque page de l'ouvrage. 
 
Ce roman est magnifiquement écrit : les paysages se dressaient devant mes yeux. La lande, Thrushcross Grange, les Hauts... m'ont bouleversés, charmés, tout comme l'écriture poétique de l'auteur. 
A l'image des sentiments auxquels sont en proie les protagonistes du roman, j'ai ressenti tantôt de l'amour, de l'amitié, tantôt de la haine, de la colère à l'égard parfois d'un même personnage. Comme j'ai aimé Catherine Earnshaw et sa fille Cathy Linton ; comme j'ai haïe parfois Heathcliff et comme parfois je l'ai aimé. Souvent je l'ai compris... J'ai tout de suite eu un sentiment de méfiance à l'égard de Joseph. J'ai aimé comme un frère Hareton. Chaque personnage, en fait, ne m'a pas laissée indifférente, car le talent d'Emily Brontë est là : psychologie des personnages rondement mené, sentiments rendu à la perfection, caractère des personnages éblouissant... 
 
J'ai été émerveillée par la passion qui existait entre Catherine Earnshaw et Heathcliff. Je vivais cette passion comme si c'était la mienne. L'auteur l'écrit si parfaitement que ce sentiment si puissant s'est inscrit en moi. 
 
Ce classique anglais, annoncé comme le plus célèbre de XIXème siècle m'a vraiment passionné. Impossible de quitter cette lecture, même dans mes rêves, Catherine, Heathcliff et tous les autres me hantaient, un peu comme le fantôme de Catherine hantait le malheureux et haineux Heathcliff. Jamais un roman ne m'avait emmené autant au plus profond de mon être, là où tous sentiments s'entrechoquent, se côtoient. J'aime passionnément d'ors et déjà Emily Brontë. Elle est sans conteste un auteur de talent et son récit restera à jamais inscrit dans mon âme. Merci Miss Brontë.


(Lecture) Cap sur la gloire, Alexander Kent


Publié en 2000
Editions Libretto

Janvier 1782. Richard Bolitho reçoit l'ordre de conduire la Phalarope, frégate du roi d'Angleterre, dans la mer des Caraïbes, où la flotte française de l'amiral de Grasse prête main-forte aux corsaires de la Révolution américaine. Ce devrait être un moment de fierté pour un si jeune capitaine, si l'équipage du navire, mené avec cruauté sous un précédent commandement, n'était au bord de la mutinerie... Avec Cap sur la gloire (1968) s'ouvre la fameuse série romanesque " CAPTAIN BOLITHO " qui d'emblée imposa auprès de la critique le nom d'Alexander Kent, salué par le New York Times comme " le maître incontesté du roman d'aventures maritimes ". 

🌟🌟🌟
 
Dès l'ouverture du roman, nous faisons la connaissance du Capitaine Richard Bolitho, vingt-six ans mais déjà une longue carrière de marin derrière lui. Au début de l'an 1782, il se voit confier le commandement de la Phalarope, une magnifique frégate, par le vice-amiral Sir Henry Langford. 
Son ordre de mission : conduire le navire auprès de l'escadre de Sir Samuel Hood, dans la mer des Caraïbes, et se placer sous ses ordres. Bolitho qui est un vrai loup de mer ne se fait pas prier et, est même heureux de reprendre si vite la mer. Mais l'équipage de la Phalarope sera difficile à apprivoiser à cause de leur ancien capitaine qui était un tyran et, qui faisait pleuvoir les coups et les pendaisons. 
 
C'est dans une grande et belle aventure que nous conduit Alexander Kent : mutineries, batailles navales, enrôlements forcés, scènes sanglantes et épouvantables, dangers de la mer et paysages magnifiques. Rien ne manque dans cette aventure époustouflante. J'avoue avoir eu un peu de difficulté avec le vocabulaire maritime et des batailles, mais très vite, et contre toute attente, je me suis laissée entraîner dans le sillage du capitaine Bolitho et de sa frégate. 
 
J'ai aimé l'écriture de l'auteur rythmé, extrêmement réaliste, magnifique. Dès que l'on plonge dans le récit, on se laisse emporter comme une énorme vague nous emmènerait au large. C'est le premier roman du genre que je lis et je ne suis, en aucun cas, déçue (amoureuse des grands espaces et des beaux paysages, comme je suis). 
Cap sur la gloire est le premier roman d'une série nommé "Captain Bolitho" et qui, je crois, compte déjà une vingtaine de romans. Je conseille cet ouvrage à tous les amoureux de la mer, de batailles navales, de bateau ou simplement à ceux qui recherche l'aventure, la vraie, celle qui vous pousse au -delà de vos retranchements.


(Lecture) Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel

 


Publié en 2007 
Editions Stock 
 
Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi ne n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu'elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m'ont forcé : "Toi, tu sais écrire, m'ont-ils dit, tu as fait des études". J'ai répondu que c'étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d'ailleurs, et qui ne m'ont pas laissé un grand souvenir. Ils n'ont rien voulu savoir : "Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses. Ça suffira. Nous on ne sait pas faire cela. On s'embrouillerait, mais toi, tu diras, et alors ils te croiront". 
 
🌟🌟🌟🌟

Ce roman, qui pour moi semble le témoignage vrai d'un homme vrai, est un livre difficile à lire, bouleversant et, qui nous remet en question, qui remet en question l'humanité. Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre, car ceci reviendrait à dire que j'ai aimé l'horreur, la souffrance, l'inhumanité et la noirceur qui hantent ces pages. Pour autant, ce récit est magnifique, intense et malheureusement nécessaire pour ne pas oublier. Nécessaire car je n'arriverai jamais, malgré mes nombreuses lectures (romans, essais, témoignages) à comprendre la folie humaine, le besoin pour un être humain (homme ou femme, d'ailleurs) de faire souffrir, d'humilier, d'anéantir un de ses semblables. Car entendons-nous bien, tous les êtres humains, quels qu'ils soient sont identiques... 
Je suis peut-être trop naïve, mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi tant de personnes en détestent d'autres au point d'en commettre des actes affreux. 
 
Chaque page de l'ouvrage de Philippe Claudel dépeint toute cette monstruosité qui pourrie le monde, à m'en faire venir la nausée. Chaque page montre les faiblesses humaines, ne cherchant pas à les excuser, mais plutôt d'essayer vainement, de comprendre ce qui pousse un individu à agir ainsi... Et comment un seul homme, avec une idéologie infâme, peut-il ainsi entraîner des millions d'hommes à la mort ? J'ai toujours, depuis mes années collège et l'étude de ces périodes sombres de l'histoire, été horrifiée (le mot n'est certainement pas assez fort) de voir jusqu'à quel point l'humain peut tomber bas. J'imagine la douleur, le courage aussi qu'il a fallu à l'auteur de ce roman, pour essayer de raconter tout cela. 
 
Tout au long du livre, Brodeck nous raconte l'atrocité qu'il a vécu, qu'il vit, que d'autres ont vécu, mais aussi les poisons que lui-même a pu infliger à d'autres. Mais Brodeck, à travers ces pages, semble tellement différent de ces bourreaux, car il a conscience de l'horreur, de la rage, des ténèbres berçant ce monde et il en a honte ; cette honte le ronge. Il m'a été très sympathique, j'ai eu parfois envie de le prendre dans mes bras, comme le ferait une mère, et de le rassurer, le protéger... Souvent, à cette lecture, les larmes me sont venu, la douleur étant trop intense, les émotions tellement forte que j'ai dû fermer le livre, le mettre de côté un moment. Mais le talent de Philippe Claudel et la voix de Brodeck m'obsédaient tellement, jusqu'à n'en plus pouvoir dormi, qu'il me fallait continuer. 
Ce récit vivra en moi, encore longtemps. L'auteur signe ici une œuvre majestueuse, émouvante, intense et horrible à la fois. 
Ce livre est nécessaire et, il me plait à croire que grâce à de tels ouvrages, lu par des millions, permettront que de telles atrocités ne se répètent plus jamais... 

Extrait
"La guerre... Peut-être les peuples ont-ils besoin de ces cauchemars. Ils saccagent ce qu'ils ont mis des siècles à construire. On détruit ce qu'hier on louait. On autorise ce qu'on interdisait. On favorise ce que jadis on condamnait. La guerre, c'est une grande main qui balaie le monde. C'est le lieu où triomphe le médiocre, le criminel reçoit l'auréole du saint, on se prosterne devant lui, on l'acclame, on l'adule. Faut-il donc que la vie paraisse aux hommes d'une si lugubre monotonie pour qu'ils désirent ainsi le massacre et la ruine ? Je les ais vus bondir au bord du gouffre, cheminer sur son arête et regarder avec fascination l'horreur du vide dans lequel s'agitaient les viles passions. Détruire ! Souiller ! Violer ! Égorger ! Si tu les avais vus..."
 
"L'idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L'une et l'autre s'engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu'à se propager." 

"Moi, j'ai choisi de vivre et ma punition, c'est ma vie. C'est comme cela que je vois les choses. Ma punition, ce sont toutes les souffrances que j'ai endurées ensuite. C'est "Chien Brodeck". C'est le silence d'Emelia, que parfois j'interprète comme le plus grand des reproches. Ce sont les cauchemars toutes les nuits. Et c'est surtout une sensation perpétuelle d'habiter un corps que j'ai volé jadis grâce à quelques gouttes d'eau."


 

(Lecture) La sans par, Christiana Moreau

 

Publié en 2012
Editions Mon petit éditeur
 

A la mort de sa grand-mère, Maria, Silvia (restauratrice d’œuvres d'art en Belgique) hérite d'un magnifique buste de femme : La sans par. L’œuvre date de 1494 et, est signée par une femme, Costanza Marsiati. Elle découvrira bien vite, que le modèle n'est autre que Simonetta Vespucci, magnifique femme ayant de servie de modèle idéal à Botticelli et bien d'autres. Silvia souhaite en savoir plus sur l'artiste, sur Simonetta et sur l'histoire de cette statue, qui se transmet de mère en fille depuis des générations. Elle part donc à Florence, ville de beauté où l'histoire de la sans par s'est jouée. 
 
🌟🌟🌟🌟

Ce roman historique de Christiana Moreau nous dévoile le destin de quatre femmes extraordinaires : Silvia, Maria, Costanza et Simonetta. Avec elles, c'est l'histoire des femmes, de l'art et de l'humanité qui nous est contée. Simonetta Vespucci était une femme issue d'une famille noble, d'une grande beauté (de corps et d'esprit). Beaucoup tombèrent sous son charme, notamment Botticelli, Leonard de Vinci, alors simple élève dans une bottega, Poliziano et même Giuliano de'Medici, qui fut son amant (et aussi l'autre modèle idéal, le masculin, de Botticelli). 
Que ce soit dans La naissance de Vénus, dans Le printemps ou d'autres œuvres du grand Botticelli, c'est le visage, la silhouette de Simonetta que nous admirons. 
 
Costanza Marsiati est la fille d'un artisan potier de la célèbre ville d'Impruneta, réputée pour son argile grise de grande qualité, prenant une couleur ocre après cuisson. Cette jeune fille courageuse, passionnée n'a qu'un désir : être une artiste. Elle décide alors de rejoindre Florence, là où sous l'impulsion des Médicis, l'art à pris son envol. 
Elle souhaite intégrer l'atelier des frères Pollaiulo. Mais à l'époque, Savonarole, un moine sans scrupule gagne petit à petit le cœur des florentins. Les femmes n'ont pas le droit d'être artiste (d'où le déguisement de garçon que Costanza revêt, pour intégrer la bottega). Savonarole fait la chasse aux sorcières et aux vanités. Florence et ses artistes s'apprêtent à vivre des heures sombres. 
 
Maria, la grand-mère de Silvia, a du quitter sa Toscane natale, avec La sans par dans sa valise, afin de rejoindre son marie en Belgique. Après la guerre, l'Italie connait une crise, la Belgique a besoin de main d’œuvre. 
Un échange écœurant est donc mis en place : contre un ouvrier italien qui viendra travailler dans les mines belge, le gouvernement italien recevra du charbon ! Outre les conditions de travail difficile et dangereuse, les accidents, les mineurs, leurs familles doivent se parquer dans les baraquements des camps de concentration que les allemands avaient construit là, pendant la guerre.
 
Quatre femmes, quatre époques et quatre combats. 
D'une plume alerte, douce et fluide, Christiana Moreau nous entraîne sur les pas de femmes merveilleuses, de la Renaissance à nos jours. Le style de l'auteur, son immense travail de recherche et de documentation, font de cette œuvre, un ouvrage passionnant, d'une grande richesse où la beauté transpire. 
Ce roman historique est essentiel pour qui aime l'art, la Renaissance italienne, l'histoire et la beauté. Je suis, quant à moi, de plus en plus attirée par cette période, par les Médicis, par Florence et, cet ouvrage magnifique, que je vous conseille, est un incontournable de toute bibliothèque !


dimanche 12 avril 2020

(Lectures) L'histoire hors du commun d'une personne ordinaire, Alain Diblan

Publié en 2012
Editions Mon petit éditeur








Pour fuir en 1871 la répression après la chute de la Commune de Paris, où elle s'était illustrée aux côtés de Louise Michel, Marguerite se retrouve à Londres comme cuisinière. Un geste regrettable la conduit à fuir à nouveau. Recherchée, elle sera arrêtée et condamnée. Au-delà de l'histoire du destin de cette femme, on découvre la collaboration des polices anglaise et française, les problèmes diplomatiques liés aux formalités d'extradition, la conduite du procès en Angleterre et par-dessus tout le rôle de la presse dans une affaire qui passionna les foules... Toute une époque, déjà loin de nous, mais cependant encore tellement actuelle. 

⭐⭐⭐⭐⭐

Alain Diblan nous offre, avec ce livre, un ouvrage d'une grande richesse et très bien écrit. Je ne vais pas y aller par quatre chemin : ce livre est un coup de cœur ! 
Ce livre rassemble plusieurs genres littéraires : l'essai historique, la biographie romancée mais aussi un passionnant polar. Vous vous imaginez donc bien que ce livre est complet et plus que captivant. 

A travers ce livre, l'auteur nous invite à découvrir la personne de Marguerite Diblanc (ou Dixblanc), une jeune femme belge qui a eu un destin hors du commun. Alors qu'elle n'est qu'une toute jeune fille, sa famille et elle quitte la Belgique, la vie étant devenu trop difficile. Ses parents et ses frères et sœurs s'arrête à Verdun, alors qu'elle continue vers la capitale. Là, entourée de compatriotes, elle subit la défaite de 1870, contre la Prusse, puis la révolution menant à la création de la Commune de Paris, puis la répression. Cette dernière l'obligera à fuir en Angleterre où finalement elle serait engagée en tant que cuisinière par Madame Riel. Cette française tyrannique avec ses employés et au caractère sanguin, est la maîtresse de Lord Lucan. La fille de celle-ci, Julie, est actrice. Le caractère emporté de Marguerite et sa soif de liberté ne supporteront pas longtemps les remontrances et insultes de Madame Riel, sa patronne. Un dimanche, l'impensable se produira : Marguerite tuera sa patronne avant de prendre la fuite pour la France, avec pour projet de partir en Amérique et reconstruire sa vie. Mais très vite soupçonnée de ce meurtre, Marguerite recherchée par la police française et Scotland Yard finira par être arrêtée... 

Ce livre est vraiment passionnant, tant pour le côté historique (guerre contre la Prusse, Commune de Paris, répression, relations/traité d'extradition entre la France et l'Angleterre mais aussi l'Angleterre et la Belgique, le déroulement d'une enquête et d'un procès à l'époque...) que pour le côté polar et biographie. 
Marguerite Diblanc est une personne ordinaire (comme le titre nous le dit). Je veux dire par-là qu'elle ressemble à beaucoup de gens de l'époque. Certes elle s'engage très tôt pour défendre ses croyances, n'hésitant pas à monter sur le barricade, mais tout au long de ma lecture je me suis dit "ça aurait pu être moi !". Elle a tué, sous le coup de l'émotion, de la colère, à la suite de semaines d'insultes, d'humiliation... 
Bien sûr que ça ne pardonne pas son geste, mais doit-on la haïr pour ce qu'elle a fait et ignoré tout cela ? Je vous avouerais une chose, je me suis vraiment attachée à Marguerite, qui n'est pas une mauvaise fille. Son destin m'est devenu précieux. 
J'ai vécu le procès difficilement car ne parlant que très peu et très mal, voir pas du tout l'anglais, les débats, les accusations n'étaient que peu compréhensible par notre héroïne. 

A travers l'histoire de Marguerite, Alain Diblan dresse le portrait d'une époque, d'une société en construction... 
L'enquête policière, le procès, la condamnation ; tout les détails, toutes les erreurs, toutes les bizarreries nous sont dévoilées. Ce livre, bien que se lisant comme un roman, est un magnifique et palpitant document sur une société, sur les relations internationales entre plusieurs pays... 
Cet ouvrage passionnera tous ceux qui aiment l'histoire, les polars, le biographie. C'est bien écrit, bien documenté et, je tiens à souligner l'énorme travail de recherche de l'auteur.


vendredi 3 avril 2020

(Lectures) Les loyautés, Delphine de Vigan

Publié en 2018
Editions JC Lattès





Les coups je les ai reçus et le secret je l’ai gardé jusqu’au bout. 

Les destins croisés de quatre personnages : Théo, enfant de parents divorcés ; Mathis, son ami, qu'il entraîne sur des terrains dangereux ; Hélène, professeur de collège à l'enfance violentée, qui s'inquiète pour Théo ; Cécile, la mère de Mathis, qui voit son équilibre familial vaciller. Une exploration des loyautés qui les unissent ou les enchaînent les uns aux autres. 

⭐⭐⭐⭐⭐

Une nouvelle nuit d'insomnie et allez savoir pourquoi, j'ai eu une brusque envie de lire ce roman. Le dernier Delphine de Vigan, mon second de l'auteur (j'avais beaucoup aimé No et moi). Je l'avais dans ma Pile à lire depuis quelques temps, je ne savais même pas de quoi il parlait ce bouquin, mais il m'appelait. Je l'ai ouvert donc et une heure et demi plus tard, je le refermais, achevé. Quelle claque que ce récit ! 

On y suit plusieurs personnages : des enfants (Théo et Mathis, deux amis, deux ados en souffrance chacun à leur manière) et des adultes (Cécile la mère de Mathis et Hélène la prof des deux enfants, qui s'inquiète fortement pour Théo, mais aussi quand même les parents de Théo). 
Je me suis énormément attaché à Théo, que j'ai tout de suite voulu protéger (est-ce mon rôle de maman qui m'a fait agir ainsi à son égard ? ). Cet enfant en grande souffrance, qui ne trouve de l'écoute et de l'aide nulle part et qui doit, malgré ses 12 ans porter des choses qui sont beaucoup trop lourdes. 
Et comme j'ai aimé Hélène, comme j'aimerai que tous les professeurs soit comme elle, attentive et bienveillante envers ses élèves, même si cela l'entraîne à parfois dépassé les limites que lui autorise ses supérieurs. 

Plusieurs heures déjà que j'ai terminé cette lecture et je suis toujours sous le choc de la puissance de ce roman, je suis encore hors d'haleine, hanté par cette histoire et ses personnages. 
Je n'arrête pas de réfléchir à la brièveté de la vie et au fait que nos blessures, nos souffrances, agissent malgré nous sur notre vie et celles des autres, celles de notre entourage, leur imposant des choses lourdes à porter, qui ne sont même pas à eux. 
Et puis, je réfléchi aussi au fait que l'on ne se regarde plus vraiment, nous les êtres humains trop englués dans nos soucis pour faire attention à la détresse d'autrui. 
Je réfléchi également à la fragilité des ados, au fait que leur silence entraîne parfois le pire. Un aller sans retour. 
Delphine de Vigan, de sa plume magnifique et puissante, nous livre ici un roman poignant et brutal, un récit qui torture mais qui pousse à ouvrir nos yeux et à regarder au-delà de notre nombril. Je vous conseille ce court récit qui est un coup de cœur !


mardi 31 mars 2020

(Lectures) Elle s'appelait Sarah, Tatiana de Rosnay

Publié en 2010
Editions Le livre de poche






Non. Vous verrez. Rien a changé. Personne ne se souvient. Et pourquoi serait-ce le cas ? Ce sont les jours les plus sombre de notre histoire. 


Paris, mai 2002. Julia Jarmond, journaliste pour un magazine américain, est chargée de couvrir la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv. Au cours de ses recherches, elle est confrontée au silence et à la honte qui entourent le sujet. Au fil des témoignages, elle découvre, avec horreur, le calvaire des familles juives raflées, et en particulier celui de Sarah. Contre l’avis des siens, Julia décide d’enquêter sur le destin de la fillette et de son frère. Soixante ans après, cela lui coûtera ce qu’elle a de plus cher. Paris, le 16 juillet 1942 : la rafle du Vel’ d’Hiv’. La police française fait irruption dans un appartement du Marais. Le petit Michel, paniqué, se cache dans un placard, et sa grande sœur Sarah, dix ans, l’enferme et emporte la clef en lui promettant de revenir. Mais elle est arrêtée et emmenée avec ses parents... 

⭐⭐⭐⭐⭐

Depuis mes années collège et mes cours d'histoire sur la seconde guerre mondiale (cours passionnant mais qui m'ont vraiment bouleversé), j'essaye à travers des lectures, des documentaires, des films de comprendre l'incompréhensible. Sur la rafle du Vel d'Hiv, je n'ai rien lu, ni vu (il faut dire, que l'on en parle peu ; les français ont sans aucun doute honte de leur rôle, dans cette rafle). C'est donc naturellement que j'ai ressentie le besoin de lire ce roman de Tatiana de Rosnay. 

Dans ce roman, deux temporalité. 
Tout d'abord, de nos jours. Julia Jarmond est une journaliste de quarante-cinq ans. Elle est américaine et vit à Paris depuis vingt-cinq ans. Elle a une fille, Zoé de onze ans. Au moment où commence le roman, son patron demande à Julia de faire un article sur la rafle du Vélodrome d'Hiver, puisque bientôt auront lieu les commémorations pour le 60ème anniversaire. 
Elle ne connaissais rien sur cette rafle et, au fil de son enquête elle va en apprendre énormément, elle va apprendre des choses qui vont la bouleverser, la terroriser. 
Et la deuxième, pendant la seconde guerre mondiale.16 juillet 1942, au petit matin, Sarah est réveillée par la police française, qui vient l'arrêter avec sa famille. Elle cache son petit frère Michel dans le placard dissimulé dans l'appartement. Elle l'enferme à clef, lui promettant de revenir bientôt le libérer. Sarah et sa mère sont emmenées et, son père qui se cachait à la cave (par peur des rafles) les rejoints dans la cours. Tous trois rejoignent des milliers d'autres personnes juives (hommes, femmes et enfants) au Vélodrome d'Hiver, où ils seront retenue dans des conditions horribles et inhumaine plusieurs jours, avant de rejoindre les camps du Loiret (Beaune-la-Rolande et Pithiviers), avant d'être parqués dans un convoi direction Auschwitz. 

Ce roman, très bien écrit, m'a vraiment bouleversé. Et, le rôle qu'a joué la police française et le gouvernement de Vichy dans cette rafle m'a tout simplement écœuré. Il faut savoir qu'en juillet 1942, cette rafle avait été prévu et organisé depuis de nombreuses semaines par le gouvernement français. Les nazis avaient ordonné l'arrestation et la déportation de juifs, mais les français ont pris la liberté d'arrêté des enfants. Or, les nazis n'en était pas encore là : comment expliquer l'arrestation des enfants ? Jusqu'à présent, les nazis justifiaient l'arrestation d'hommes et femmes juives par le fait qu'ils étaient envoyés dans des camps de travail. Mais comment faire croire qu'on envoyais des enfants de 2 ans, 3 ans et plus dans ces camps ? 

Je n'ai (heureusement) pas connu cette époque et, je reste outrée et franchement écœuré de tous ce qui s'est passé. Ce roman est très fort en émotion ; je n'ai pas pu retenir mes larmes, à de nombreux moments. Je me suis laissé envahir par la colère, la tristesse, l'impuissance, le dégoût et le désespoir.
Ce livre m'a bouleversé, m'a blessé au plus profond de mon être. C'est un livre fort, parfois insoutenable. Mais, Tatiana de Rosnay, par son écriture magnifique en à fait un livre très beau, fort et essentiel. 
Je ne peux que vous demandez de lire cet ouvrage, si ce n'est déjà fait, car il fait partie de ces témoignages essentiel, important. Cette lecture fait partie du devoir de mémoire. Souvenons-nous pour ne pas commettre les mêmes erreurs, les mêmes atrocités.


mercredi 25 mars 2020

(Lectures) Meurtre en Mésopotamie, Agatha Christie

Publié en 1993
Editions Le Masque






J'ai ainsi appris maints détails sur la victime...et la victime possède souvent la clef du mystère.

En arrivant sur le chantier de fouilles de Tell Yarimjah, Miss Amy Leatheran ouvre de grands yeux. Quoi de plus dépaysant pour une jeune infirmière que ce pays exotique, cette équipe d'archéologues installée loin de tout ? Et quelle mission singulière que d'avoir à veiller sur la belle Mrs Leidner, en proie à des hallucinations et des terreurs diverses... Miss Leatheran va tâcher de s'acquitter au mieux de ses fonctions. Mais, de masques terrifiants paraissant à la fenêtre en menaçantes lettres anonymes, les angoisses de Mrs Liedner vont finir par l'étreindre à son tour. Et lorsque cette dernière sera assassinée, Amy aura le rare privilège d'assister de près à une enquête de l'illustre Hercule Poirot... 

⭐⭐⭐⭐⭐

Dans ma vie de lectrice, il y a des auteurs auprès desquels j'aime revenir régulièrement, entre deux autres lectures. C'est le cas de ma chère Agatha Christie, qui a fait naître en moi mon amour pour l'Angleterre, il y a de cela bien des années. 
Une fois n'est pas coutume, c'est vers son héros belge, un de mes personnages littéraires fétiches, que j'aime d'amour, que je me suis tournée. 

Je ne reviendrai pas sur l'intrigue tout d'abord parce que la quatrième de couverture résume parfaitement celle-ci mais également par peur de trop en dire, et de vous gâcher le plaisir de lecture. Dès l'ouverture du roman, j'ai retrouvé avec délice la plume de la reine du crime. 
Lire Agatha Christie est pour moi comme plonger dans un lit au milieu de couverture et coussin bien douillet, au chaud, une thé brûlant dans une main, le roman dans l'autre, un air de musique classique en fond sonore... un avant goût de paradis ! 

A l'ouverture du roman, et pendant un tiers et l'ouvrage notre ami Hercule Poirot n'est pas de la partie. Notre narratrice Mrs Leatheran nous campe l'histoire et nous décrit, à merveille, tous les personnages parsemant ce récit. 
Une fois que le crime à eu lieu, Hercule entre en scène ; il a été interpellé par le docteur Reilly alors qu'il s'en revenait de Syrie et qu'il devait retourner en Angleterre. Les petites cellules grises de notre cher détective étaient indispensable pour élucider ce crime bien mystérieux. 
Comme toujours, Agatha m'a mener en bateau. Elle me faisait soupçonner certains personnages que je trouvais quelque peu mystérieux ou exécrables ; elle m'en faisait aimer d'autres, les croyants au dessus de tout soupçons... et puis, en quelques secondes, un revirement de situation, un geste, une paroles me faisait revoir mon jugement. J'avais beau noté les indices ou des faits qui me semblait important, sur un note papier à mes côtés, je me suis totalement fait avoir quand, en fin d'ouvrage, Hercule révèle le fin mot de l'histoire et le coupable de ce meurtre odieux ! 

Tout le talent d'Agatha Christie est là : une plume incisive et fluide, un rythme particulièrement soutenue, des personnages au caractère bien trempé et inoubliable, des situations cocasses et du suspens à n'en plus finir. Sans oublier ici l'aspect aventure puisque nous sommes en Irak sur le site de fouilles archéologiques (ce qui a rajouté à mon plaisir de lecture, étant passionnée par l'histoire et l'archéologie). Je ne peux donc que vous conseillez, une fois de plus, les ouvrages d'Agatha et particulièrement celui-ci.

vendredi 20 mars 2020

(Lectures) Check-point, Jean-Christophe Rufin


Publié en 2015
Editions Gallimard










Face à l'horreur et à la complexité de la guerre, ces ballots de vêtements, ces colis de nourriture et ces boîtes de médicaments étaient tout simplement grotesques.

Maud, vingt et un ans, cache sa beauté et ses idéaux derrière de vilaines lunettes. Elle s'engage dans une ONG et se retrouve au volant d'un quinze tonnes sur les routes de la Bosnie en guerre. Les quatre hommes qui l'accompagnent dans ce convoi sont bien différents de l'image habituelle des volontaires humanitaires. Dans ce quotidien de machisme, Maud réussira malgré tout à se placer au centre du jeu. Un à un, ses compagnons vont lui révéler les blessures secrètes de leur existence. Et la véritable nature de leur chargement. A travers des personnages d'une force exceptionnelle, Jean-Christophe Rufin nous offre un puissant thriller psychologique. Et l'aventure de Maud éclaire un des dilemmes les plus fondamentaux de notre époque. A l'heure où la violence s'invite jusqu'au cœur de l'Europe, y a-t-il encore une place pour la neutralité bienveillante de l'action humanitaire ? Face à la souffrance, n'est-il pas temps, désormais, de prendre les armes ? 

⭐⭐⭐⭐

Jean-Christophe Rufin et moi, c'est une belle et grande histoire d'amour. 
Je l'ai découvert il y a plusieurs année avec son roman L'Abyssin que m'avait offert trois personnes qui malgré un bref passage dans ma vie, m'ont beaucoup marqué. J'avais tellement aimé, à l'époque ma lecture, que je n'ai jamais cesser de lire ses ouvrages. Et à ce-jour, le seul que je n'ai pas encore lu (mais il est dans ma Pile A Lire) c'est Le collier rouge... 

Mais revenons-en à Check-point. Comme toujours, je me suis précipité dans cette lecture, sachant déjà que j'allais passé un moment intense et riche en émotion. 
Ici, nous suivons Maud et quatre hommes, tous engagé dans un convoi humanitaire en Bosnie, alors en proie à la guerre. Nous connaissons tous ce conflit, malheureusement ! L'association pour laquelle ils travaillent est basé à Lyon. Tous se sont engagés pour une raison bien précise, qui n'est pas forcément louable et pas vraiment pour celle que l'on pense. Ce convoi avance, avec un objectif, qui va vite dévier, par la force des choses. Et, de point de contrôle (check-point) en point de contrôle, les personnalité de nos cinq personnages principaux va se révéler. 

Ce thriller, car il s'agit bien là d'un thriller comme Jean-Christophe Rufin sait les écrire, est tout simplement génial. Il a tenu sa promesse, m'a entraîné dans une aventure hors du commun, m'a montré les dessous de "l'humanitaire" et m'a fait passé par des sentiments aussi divers que la peur, la tension, le soulagement, l'incompréhension mais aussi la révolte et la tendresse... 
Je n'ai, une fois de plus, pas vu les pages défiler tant j'étais prise par ce récit. L'écriture est fluide, rythmée et d'une grande justesse. 
La maîtrise du sujet par l'auteur ne fait aucun doute, au vu de son passé professionnel. A la lecture de ce roman, j'avais en tête les images que j'avais vu à la télévision, lors de cette guerre et, qui avait marqué ma vie d'adolescente ! 
Dans les pages de ce roman, la guerre est bien présente tant par ce convoi humanitaire et son objectif, que par les check-point qui jalonne le récit. On le ressent aussi dans la personnalité et l'objectif des personnages, dans la peur qu'ils peuvent avoir... mais ce n'est, cependant, pas ce qui ressort en priorité de ce roman. 
Finalement, l'ouvrage aurait pu appartenir à n'importe quel conflit sur cette planète car il s'agit plus là de montrer les dessous des voyages humanitaires et la réelle personnalité de certains ! 
En conclusion, je vous recommande ce livre avec vigueur car non seulement Jean-Christophe Rufin est plein de talent et nous offre un thriller magnifique mais aussi pour le sujet, intéressant.


mercredi 11 mars 2020

(Lectures) Petit Mao, Jacques Baudoin

Publié en 2010
Editions JC Lattès








Nous naissons dans la douleur, nous mourons dans la douleur et, entre temps, qu'avons-nous fait ?

"He Zizhen me mit au monde en novembre 1932. Année du Singe. Les astrologues prétendaient jadis que les hommes-singes sont d'aimables vivants, insouciants et agiles. Tout le contraire de moi. Je suis né à Tingzhou, dans l'ouest du Fujian, petite ville presque tropicale au bord d'un fleuve boueux. Le parti communiste y avait relégué mon père Mao pour des motifs que je parvins à élucider plus tard. En me découvrant, eut-il ce sourire que l'on voit sur ses portraits qui ont envahi nos villes jusqu'à l'écœurement ? J'en doute. On m'appela Mao Xiao, Petit Mao." Fondé sur une connaissance approfondie de l'histoire chinoise, servi par une écriture inspirée, Petit Mao réussit à faire entendre la voix d'un enfant puis d'un homme confronté au mystère de son identité et à l'absurdité de la vie. 

⭐⭐⭐⭐⭐

C'est extrêmement confiante que je décidais de lire ce roman, chaudement recommandé par une amie. Et je vous assure que ce livre à comblé mes espérances. 

Tout d'abord l'histoire. 
Nous suivons les pas de Mao Xiao, fils biologique de Mao Zedong, qui fut adopté à l'âge de deux ans par Wang Yi. Tout au long du roman, nous accompagnons Petit Mao dans sa recherche : celle de ses parents et surtout, celle de lui-même. Car le jeune homme n'aura de cesse de vouloir trouver celui qu'il est réellement, et non pas celui qu'il croit être. 
Car oui, Petit Mao est obnubilé par son père, Mao Zedong, qui est un homme terrible, méchant et sans aucune attention (comme nous le découvrirons dans ces pages). A travers l'histoire de Mao Xiao, c'est l'histoire de la Chine des années 30/70 que nous conte l'auteur. 
Nous y découvrons la bataille sanglante entre les nationalistes et les communistes, qui s'allieront un temps, face aux Japonais. 
Nous y vivrons la fondation de la République populaire de Chine, dont il sera le président (le dictateur, oui !). 

Ensuite, les personnages. 
J'ai vraiment beaucoup aimé le jeune Mao Xiao, qui malgré ce qui se passe dans son pays, malgré les échecs qu'il rencontrera, à toujours su garder courage. Il est quelqu'un de passionné, comme son père adoptif, mais c'est aussi un intellectuel ouvert. 
Avec lui, c'est la Chine que je parcourais, c'est une autre culture, un autre peuple que je découvrais. 
Wang Yi, le père adoptif aimant du Petit Mao, est en quelques sortes le père idéal : attentionné, respectueux, courageux, prêt à tous les sacrifices pour ce fils qui n'est pas de son sang, mais qu'il aime par-dessus tout. Il se fera aussi professeur, afin de faire connaitre et respecter à son petit Mao Xiao, des valeurs... 

Enfin, la plume de l'auteur. 
Je ne connaissais pas du tout Jacques Baudouin, mais c'est une très belle découverte. 
Certes son écriture est dense mais elle est aussi immensément poétique, cristalline. 
La plume de l'auteur était une vrai mélodie à mon oreille. Son écriture m'a entraîné dans le récit, auprès de Petit Mao, elle m'a charmé. 
C'est un magnifique livre, qui malgré ses 250 pages (un petit roman) est très puissant et marquant. Oui ce livre m'a accompagné et m'accompagnera encore longtemps, tant par le récit que par le style de Jacques Baudouin. Vous l'aurez donc compris, c'est pour moi un coup de cœur... 
Un roman exceptionnel, vivant, éblouissant.


mardi 3 mars 2020

(Lectures) Rebecca, Daphné du Maurier

Publié en 1971
Editions Le Livre de Poche








Si seulement on pouvait inventer quelque chose, dis-je vivement, qui conserve un souvenir dans un flacon, comme un parfum, et qui ne s'évapore, ne s'affadisse jamais. Quand on en aurait envie, on pourrait déboucher le flacon et on revivrait l'instant passé.

Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme noir de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide, de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ? Immortalisé au cinéma par Hitchcock en 1940, le chef-d’œuvre de Daphné du Maurier a fasciné plus de trente millions de lecteurs à travers le monde. Il fait aujourd’hui l’objet d’une traduction inédite qui a su restituer toute la puissance d'évocation du texte originel et en révéler la noirceur.

⭐⭐⭐⭐


Rebecca.... 
Cela faisait des années que l'on me conseillait la lecture de ce roman, cité comme l'un des chefs d’œuvres de la littérature anglaise. Pourtant, toujours dans mon esprit de ne pas faire comme tout le monde 😉, je n'arrivais pas à me décider, bien que je sois une amatrice de la littérature anglaise. 
Il aura fallu une lecture commune avec deux autres passionnées de littérature, pour que je me lance enfin.

A l'ouverture du roman, j'avais peur. Oui, mais peur de quoi ? De ne pas aimer ce monument de la littérature ? De m'ennuyer ? Une chose est certaine, ce n'est pas le nombre de pages qui m'effrayais, car vous le savez, j'aime les pavés, j'aime me lover dans les pages et partir pour un long voyage avec des personnages qui m'accompagneront un bon moment. 
Je me suis donc lancé et comme ce fut une belle découverte. 

Ce qui m'a le plus marqué dans ce roman et qui m'a, je dois bien l'avouer, le plus plu, ce fut l'ambiance oppressante, sombre, mystérieuse de ce récit. Je me suis fait happer par celle-ci et il était difficile pour moi de sortir de l'état dans lequel j'étais plongée à cette lecture. Je n'avais qu'une envie, lorsque je refermais le livre, c'est de le rouvrir, de retrouver cette atmosphère pesante (non, non, je vous assure, je ne suis pas sérieusement atteinte !). 
La plume de Daphné du Maurier m'a beaucoup plu. Certes, je l'ai trouvé moderne et fluide, mais en même temps très poétique, très forte, intense. Je me sentais comme un personnage, que personne ne voyait, mais qui assistait à tout, comme une petite souris , dans un coin de la pièce. 

Que dire de l'histoire en elle-même et des personnages ? 
Maxim, ce très cher Maxim. Le veuf de la dite Rebecca, tout juste remarié. Il m'obsédait réellement. Parfois il m'attendrissait, parfois je le trouvais mauvais, égoïste, méprisant. Mais je le trouvais tellement mystérieux, je voulais toujours en savoir plus, le retrouver... 
La nouvelle épouse, notre narratrice, dont on ne connait ni le nom ni le prénom semblait bien juvénile, sans expérience, un tantinet agaçante par sa gaucherie et sa timidité. Pourtant, je ressentais de la compassion pour elle, qui vit comme un fantôme fasse à la femme qui elle est morte mais tellement vivante dans cette bâtisse et pour tout les protagonistes. 
Et que dire de l'exécrable Mme Danvers, la gouvernante de feu Rebecca qui est littéralement abjecte, rejetant et terrorisant la timide narratrice et nouvelle épouse du maître. 
Outre les personnages forts et terriblement envoûtants, l'histoire est passionnante et mystérieuse. L'auteur nous distille petit à petit des informations, des faits, des anecdotes, nous invitant à essayer de comprendre ce qu'il s'est réellement passé à Manderley. J'ai aimé la façon dont Daphné du Maurier nous raconte cette histoire, même si malheureusement la fin me laisse un goût amère dans la bouche, car j'ai encore de nombreuses interrogations ; et là, je me suis dit qu'une suite aurait été nécessaire ou bienvenue. 
C'est cette fin qui fait que cette lecture n'est pas un coup de cœur, mais une très belle lecture. 

Je suis vraiment très contente d'avoir enfin lu ce roman, d'avoir partager cette lecture avec deux lectrices formidables : Belledenuit et Katrin
Et j'ai déjà hâte de lire un nouvel ouvrage de l'auteur et de continuer à la découvrir. 


jeudi 2 janvier 2020

(Lectures) L'appel de la forêt, Jack London

Publier en 1986
Editions Le Livre de poche











Tuer ou être tué, manger ou être mangé, telle était la loi: et à ce commandement, venu du fond des Temps, il obéissait.


« L'Appel de la forêt » est le livre le plus célèbre de Jack London, celui qui lui valut une immense renommée dès sa première publication en 1903. Roman du Grand Nord, né de sa vie de chercheur d'or au Klondike, l'histoire du chien Buck a bouleversé des générations de lecteurs. Mais au-delà du roman d'aventure, London affirme ici sa vision du monde, où l'hérédité sauvage triomphe de la civilisation corruptrice. 

⭐⭐⭐⭐

Dans ce court roman, nous suivons Buck un chien qui vivait auprès de la famille d'un juge en Californie. 
Sa vie n'était faites que de balades, de douceurs, de soleil et de repas fréquents et conséquents. Mais un jour, il est enlevé et emmené dans la Grand Nord, où la ruée vers l'or attire bon nombres d'hommes à la recherche d'un filon qui le rendra riche. 
Commence alors pour Buck une vie difficile, tant par la rudesse de la région, que par la brutalité des hommes et de la nature. Il devient chien de traîneau et contre toute attente, y prend goût. Lui qui était auparavant un chien domestique ressent bien vite l'appel de la forêt. 

Buck est un chien auquel je me suis rapidement attachée malgré sa violence parfois. Mais à dire vrai, il n'a pas vraiment le choix. Il s'agit là pour lui de survivre et pour cela, il doit vaincre pour ne pas être vaincu, il doit tuer pour ne pas être tuer. J'ai vraiment beaucoup aimé le suivre dans ses aventures (nombreuses) et j'avais bien souvent le cœur qui battait la chamade lors de certaines scènes où l'angoisse était palpable et où la vie de Buck était en jeu. 

Comme j'ai aimé la plume de Jack London qui sait si bien décrire, avec justesse et poésie, la beauté de la nature mais aussi sa férocité. On saisit alors d'autant plus cet appel que Buck ressent et auquel il n'échappera pas. 
Je n'ai pu m'empêcher de penser que par ce récit, Jack London faisait le parallèle avec la vie des Hommes devant succomber aussi à l'appel de leur nature profonde pour survivre dans un monde où violence et pouvoir sont au cœur de tout (ou presque). Un récit magnifique que je ne peux que vous encourager à découvrir.


mardi 31 décembre 2019

(Lectures) Fahrenheit 451, Ray Bradbury

Publier en 1953
Edition J'ai lu SF










Il n'y a pas besoin de brûler des livres pour détruire une culture. Juste de faire en sorte que les gens arrêtent de les lire


451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume. Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé. 


⭐⭐⭐⭐⭐

J’avais souvent entendu parler de ce roman de science-fiction, dans divers magazines littéraires, dans des émissions culturelles ou par des lecteurs. Mais je ne m’étais encore jamais sentie prête pour le lire. Le désir de me plonger dans ce roman est venu, comme une évidence, d’autant plus que j’avais le roman de Ray Bradbury dans ma bibliothèque depuis quelques mois. 
Guy Montag est un pompier, mais pas tel que nous les connaissons aujourd'hui. Les pompiers de ce roman allument des feux, au lieu de les éteindre. Mais que brûlent-ils ? Des livres… Car dans la société du futur que nous présente l’auteur, les livres sont considérés comme des horreurs, des inutilités… La société futuriste imaginée par Ray Bradbury condamne le questionnement et la réflexion (considéré comme antisocial, propagande de la paresse mentale), d’où l’anéantissement des livres (qui eux poussent à la réflexion, au questionnement, au débat…). Les pompiers sont donc chargés de brûler les livres, cachés par des citoyens, faisant acte de résistance. Mais un évènement et une rencontre (avec Clarisse McClellan) « réveillera » Guy Montag et lui fera prendre conscience que la vie, la vraie n’est pas celle qu'on les oblige à vivre ; et que les livres, l’accès à la culture sont des plus important. 

Ce livre est un vrai bijou. Commençons par le style de l’auteur. J’aime beaucoup sa manière d’aborder les choses, de donner vie aux personnages. Sa plume délicate, poétique, mais toujours puissante et passionnante m’a conduite au cœur du roman, vivant, moi aussi dans cette société totalitaire. Le roman est brillamment construit, je n’ai pas trouvé de longueur, ni de passage inutile. Tout y est essentiel, important… 
J’ai été choqué par la société imaginée par Ray Bradbury. J’ai été choqué par la tendance à être un troupeau, déconnecté de la réalité, de la population. Ray Bradbury a créé une société totalitaire comme il en a existé plein et comme, malheureusement, il en existera toujours. Déjà dans le passé les livres étaient brûlés en place public, car jugés comme sataniques, détournant les femmes, les hommes et les enfants du droit chemin. Encore aujourd'hui, dans certains pays lire un livre n’est pas permis à tout le monde, et certains livres sont interdits. Même dans les démocraties, certains livres, même s’ils ne sont pas interdits, sont estimés dangereux et immoraux par certaines personnes, certaines communautés. Ainsi l’œuvre de Ray Bradbury est un livre d’anticipation très réaliste. 

L’individualisme est le moteur de la société de Fahrenheit 451. Chacun vit pour soi, se contentant seulement de vivre de choses futiles, inutiles, mais tout en suivant l’avis général ; les gens me font penser à des moutons mener bêtement par un berger totalitaire (le gouvernement). 
En lisant ce roman, je n’ai pas pu m’empêcher de pensé à la montée du totalitarisme nazi et aux autodafés. Terrible. 
Ce qui m’a aussi frappé, dans ce roman, c’est que le livre de Ray Bradbury, publié la première fois en 1953, montre une société qui ressemble beaucoup à la nôtre. Combien de fois ne me suis-je pas écrié « mais c’est pareil, ici, aujourd'hui… », « C’est tout à fait ça maintenant, ici… ». Ainsi Ray Bradbury a inventé, avant l’heure les écrans plats géants (les murs écrans), les baladeurs mp3 (les coquillages bourdonnant)… il avait vu la place immense que tiendrait la publicité dans les sociétés consommatrices, il avait vu l’expansion de la mondialisation… 

Pas de « happy end » dans ce livre, qui semble montrer par-là, que pour que l’humanité change et devienne « meilleure », il faut qu'elle soit d’abord anéanti… Vous l’aurez donc compris, cette œuvre est un grand classique du genre. Un ouvrage passionnant et très bien écrit. Tant le thème abordé que la plume de Ray Bradbury m’ont plu, m’ont intéressés. J’ai passé un moment passionnant de lecture, car au-delà du divertissement, se livre amène à la réflexion. Si vous ne l’avez pas encore lu, n’hésitez plus, car je pense que même les lecteurs qui ne sont pas du tout attirés par la science-fiction, seront captivés par ce roman.


dimanche 29 décembre 2019

(Lectures) Sukkwan Island, David Vann

Publier en 2010
Editions Gallmeister

Certaines choses doivent finir et on doit les laisser finir.



Une île sauvage du sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor hostile que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une longue succession d'échecs personnels, c'est l'occasion de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal. Les dangers auxquels ils sont confrontés et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar. Alors que la situation devient vite hors de contrôle, le fils assiste peu à peu au naufrage de son père et commence à prendre les choses en main. Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. 

⭐⭐⭐⭐⭐

J'ai enfin succombé et lu le premier roman de David Vann, publié en France. 
J'aurais mis le temps mais je ne regrette aucunement : j'ai passé un moment intense et inoubliable ! En général, je n'aime pas lire un livre dont tout le monde parle et encense (en 2010, Sukkwan Island avait déferlé sur la blogosphère, tel un tsunami ravageur). Même si je me l'était offert à sa sortie, tentée par le sujet, j'ai pris tout mon temps pour le lire... 
Finalement, j'ai dégusté ce roman en quelques heures. 

A l'ouverture du roman, Jim et son fils Roy, treize ans, débarque sur l'île de Sukkwan Island. Dans cette petit île du sud de l'Alaska il n'y a que la nature sauvage et une cabane de bois. Jim, dentiste à Fairbanks a tout quitté, tout vendu pour acheté cette cabane et le terrain qui va avec. Pour projet : passé un an, seul sur cette île avec son fils, afin de resserré leur lien. Divorcé depuis quelques temps déjà d'Elizabeth, la mère de Roy et Tracy, Jim a laissé la relation avec son fils se dégrader, au point de devenir étranger. 

Si, au début tout semble beau et attrayant, les choses vont très vite changer jusqu'à atteindre le point de non retour, le drame. 
Jim est un homme volage, infidèle, égoïste et tellement superficiel. Tout de suite il m'a été antipathique. Il est faible et ne pense qu'à ses petits malheurs (dont il est souvent la cause première).
Roy est un jeune adolescent en pleine découverte de son corps, de sensations diverses et variés. Il est réfléchi, mature pour son âge et généreux. L'inverse de son père... Si il a accepté cette aventure, c'est pour son père, pour lui venir en aide, car il sent, il sait au plus profond de lui que Jim ne va pas bien (et la suite du roman va confirmer ses craintes). 

Le roman est divisé en deux parties. 
Dans la première, nous suivons les pensées, les sensations de Roy ; dans la seconde, nous suivons le père. Si la première partie m'a permis de me mêler aux pensées de Roy, de mieux le connaitre et de l'aimer, il m'a aussi fait ressentir une antipathie face à ce père dont la folie et l'égoïsme sont palpable à chaque seconde ou presque. 
Et, la seconde partie du roman à confirmé ce que je ressentais de Jim... Même quand un sentiment plus positif naissait en moi, à son égard, ce qu'il faisait ou pensait juste après le faisait retomber dans mon estime... 

J'ai tout aimé dans ce roman, l'histoire, la manière dont l'auteur à construit celle-ci, les sursauts de l'intrigue (qui je l'avoue m'ont mis un sacré coup au moral !), la psychologie de ses personnages, sa plume magnifique et poétique, les descriptions sensationnelles de la nature sauvage si impressionnante et ensorcelante... 
Pour moi, David Vann a tout d'un grand auteur ! Lu en quelques heures, tant je ne pouvais arrêter là et laisser Roy ou Jim sur cette île, je n'ai terminé ma lecture qu'au milieu de la nuit, vidée et à bout de souffle. 
Cette histoire m'a complètement retournée. David Vann y explore, avec brio, les relations père/fils, la dépression, la folie, le désespoir face à la mort et l'incompréhension... 
Le décor est splendide et rend le texte encore plus intense et passionnant. Je suis complètement fan de ce texte, de ce livre et je n'ai qu'une envie, maintenant, découvrir une autre œuvre de l'auteur (que je vous invite à découvrir, si ce n'est déjà fait).